Suspension des  activités des partis politiques au Mali : vers la fin du pluralisme démocratique ?

Article : Suspension des  activités des partis politiques au Mali : vers la fin du pluralisme démocratique ?
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7 mai 2025

Suspension des  activités des partis politiques au Mali : vers la fin du pluralisme démocratique ?

Quatre ans. Oui, cela fait déjà quatre longues années que le Mali est en transition permanente, coincé entre des promesses non tenues et des décisions de plus en plus liberticides. Quatre années d’attente, d’espoir, puis de désillusion. Aujourd’hui, plus personne ne doute : la démocratie malienne est en danger, étouffée à petit feu par ceux-là mêmes qui prétendent parler au nom du peuple.

La semaine dernière a été un tournant brutal. Le décret du 7 mai 2025 est tombé comme un couperet : suspension immédiate de toutes les activités des partis politiques et associations à caractère politique. Une décision qui marque une dérive encore plus profonde, une attaque frontale contre le multipartisme garanti par notre Constitution.

Une manoeuvre bien orchestrée

Ce décret n’est que la suite logique d’une manœuvre bien orchestrée. Tout a commencé le 3 mai, ironiquement journée mondiale de la liberté de la presse. Un grand meeting citoyen devait se tenir au Palais de la Culture. Lieu verrouillé. Accès interdit. Aucun mot officiel, juste des portes fermées. Pensait-on faire taire le peuple ? Quelle erreur. Le meeting a eu lieu quand même, à ciel ouvert, sous le soleil, sur l’esplanade. Le peuple s’est exprimé, debout, libre, digne. Il a dit non à la peur, non à la confiscation des libertés, non à l’autoritarisme déguisé en refondation.

Et comme si cela ne suffisait pas, le lendemain, 4 mai, une conférence de presse prévue par des acteurs politiques et de la société s’est tenue à la Maison de la Presse de Bamako. Là encore, les pressions et tentatives de boycott n’ont pas manqué. Mais la parole a eu lieu. Les voix se sont élevées. La résistance s’est exprimée — pacifique, légitime, courageuse.

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Ce qu’il se passe aujourd’hui n’est pas une erreur de parcours. C’est une stratégie. Une campagne bien huilée de dénigrement des partis politiques, présentés comme les ennemis du peuple. Une tentative claire de désigner des boucs émissaires pour détourner l’attention d’un bilan de transition famélique. Depuis quatre ans, où sont passées les promesses de refondation ? Où est l’État de droit ? Où sont les élections, la sécurité, la justice, la dignité ?

Rupture ?

On nous parle de rupture, mais tout ce que l’on voit, c’est un pouvoir qui s’accroche et qui détruit méthodiquement les fondements de la République. Aujourd’hui les partis. Et demain ? La Constitution ? Car oui, même suspendre les partis est illégal, anticonstitutionnel. Mais à force de marcher sur le fil, il ne resterait plus qu’un pas à franchir pour suspendre aussi la loi fondamentale. Et là, il ne s’agira plus de transition, mais de coup d’État rampant.

Mais face à cette dérive, le peuple malien ne se taira pas. Le 3 mai l’a prouvé. Le 4 mai l’a confirmé. Il y a dans ce pays des femmes et des hommes qui refusent de se résigner, qui refusent de troquer la démocratie contre le silence. La liberté ne se négocie pas.

À ceux qui rêvent d’un Mali sans contradictions, sans débats, sans opposition : vous rêvez d’un Mali sans démocratie. Et cela, jamais nous ne l’accepterons.

Comprendre, c’est déjà agir !

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