Mali : Nouvelles taxes en 2025 – une pression de trop sur les citoyens ?
Le Conseil des ministres du mercredi 5 février 2025 a marqué un tournant dans la politique fiscale du Mali. Dans un contexte économique déjà difficile, le gouvernement de transition a adopté une série de nouvelles taxes et a procédé à la relecture du Code Général des Impôts. Ces mesures, loin de répondre aux aspirations populaires exprimées lors des Assises Nationales de la Refondation (ANR) et du Dialogue National Inclusif (DNI), risquent d’accentuer la précarité des Maliens et d’aggraver la crise économique.
Les nouvelles taxes : une pression accrue sur les citoyens
Le gouvernement a introduit plusieurs nouvelles taxes, notamment : augmentation de la TARTOP (Taxe sur le Chiffre d’Affaires des Réseaux de Télécommunications Ouverts au Public). Créée en 2012-2013 avec un taux initial de 5 %, cette taxe passe désormais à 7 %, portant le taux global des taxes spécifiques sur les télécommunications à 10 %, au même niveau que le Bénin et le Burkina Faso, mais inférieur à la Côte d’Ivoire (11,2 %). Voici quelques autres des changements fiscaux :
- Contribution spéciale de solidarité : cette taxe s’applique sur le chiffre d’affaires mensuel hors TVA des entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux.
- Taxe spéciale sur la consommation de certains biens et services : cette taxe porte sur les boissons alcoolisées. Prélèvement spécifique sur les services téléphoniques et les transactions Mobile Money.
- Une taxe sur les recharges téléphoniques et les abonnements : cette taxe concerne directement les consommateurs. Une taxe sur les retraits Mobile Money, doublant ainsi les frais pour les usagers. Par exemple, pour un retrait de 10 000 F, les frais passent de 100 F à 200 F, avec une part de 100 F pour l’État. Ces mesures surviennent alors que les Maliens font face à une crise énergétique sévère, à la hausse du chômage, et à une incertitude économique grandissante.

Les recommandations ignorées des Assises Nationales de la Refondation (ANR)
Lors des Assises Nationales de la Refondation et du Dialogue National Inclusif, plusieurs recommandations avaient été formulées par les citoyens pour améliorer la gouvernance économique et alléger la pression fiscale. Ces recommandations concernaient :
- La réduction du train de vie de l’État. Il s’agit de limiter les dépenses publiques excessives, notamment pour la Présidence, le gouvernement et le Conseil National de Transition (CNT). Notamment de supprimer des privilèges inutiles et de rationaliser des budgets des institutions.
- L’amélioration de la transparence et de la redevabilité : les recettes et les dépenses de l’État étaient censées être publiées régulièrement et des audits indépendants des finances publics devaient être effectués afin d’éviter la corruption et les détournements.
- Une stratégie de relance économique : encouragement des investissements étrangers au lieu de les dissuader par des politiques fiscales trop lourdes. Développement d’un environnement attractif pour les entreprises locales et internationales. Or, au lieu d’appliquer ces recommandations, le gouvernement a choisi d’alourdir la fiscalité, impactant en premier lieu les petits commerçants, les entrepreneurs et les ménages modestes.
Un climat économique peu propice aux investissements
Depuis le début de la transition, le gouvernement a pris des décisions qui ont entraîné le départ de plusieurs partenaires économiques et la mise à mal de secteurs clés comme les mines et l’agriculture. Le secteur minier est en crise : de nombreuses entreprises minières ont réduit leurs activités ou quitté le pays en raison des tensions avec l’État, entraînant des milliers de pertes d’emplois. Les agriculteurs sont dépossédés de leurs terres : certains paysans ont été évincés au profit de sociétés étrangères, notamment chinoises, dans une opacité totale.
L’instabilité politique et la hausse de la fiscalité rendent le Mali peu attractif pour les investisseurs étrangers, qui préfèrent se tourner vers des pays voisins plus stables.
Une fiscalité excessive qui risque de tuer l’impôt
L’instauration de taxes supplémentaires risque d’entraîner une évasion fiscale massive et d’inciter les entreprises à fermer ou à fuir le pays. De nombreux entrepreneurs ont déjà déposé le bilan ou choisi d’investir ailleurs en raison de la surtaxation et du manque de visibilité économique. Le gouvernement justifie ces mesures dans une vidéo en expliquant que la taxation est une « formalisation de la volonté populaire », mais qui sont ces Maliens qui souhaitent payer plus d’impôts sans voir d’amélioration dans leur quotidien ?
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Où va l’argent ? L’opacité des finances publiques
Les Maliens sont en droit de demander des comptes sur l’utilisation des recettes fiscales. L’ancien Premier ministre Moussa Mara a récemment interrogé le gouvernement sur les dizaines de milliards de recettes supplémentaires annoncées. Où sont ces fonds ? Dans le budget 2024 ou 2025 ? Quelles sont les retombées pour les citoyens ?
Un gouvernement déconnecté des réalités populaires
Le gouvernement semble ignorer les souffrances des Maliens en alourdissant encore plus la fiscalité au lieu de réduire les dépenses publiques et d’encourager l’investissement. Alors que l’État demande aux citoyens de faire preuve de résilience, les institutions continuent de fonctionner avec des budgets en hausse et des privilèges maintenus.
Si cette politique fiscale persiste, le risque est grand de voir :
- Une augmentation de la pauvreté et du chômage.
- Une évasion fiscale massive et un affaiblissement des recettes publiques.
- Une fuite des entreprises et des investisseurs vers d’autres pays.
- Une contestation sociale accrue contre un État perçu comme prédateur.
Le Mali a besoin d’une gouvernance transparente, efficace et équitable, où l’impôt sert réellement au développement du pays et non au maintien d’une élite déconnectée des réalités du peuple.
Dites-nous ce que vous pensez de ces nouvelles taxes et quelle est votre proposition pour relancer l’économie malienne ?
Parce que comprendre, c’est déjà agir.