13 mai 2025

Mali : à quoi joue-t-on avec la démocratie ?

Le 7 mai 2025. J’étais là, comme beaucoup d’entre vous, devant mon téléphone, les yeux rivés sur les alertes info. Et là, le choc : un décret présidentiel suspendait toutes les activités des partis politiques au Mali. Sans préavis. Sans explication claire. Un couperet. Net. Brutal.

Une semaine plus tard, ce 13 mai, la sentence tombe : toute la charte des partis politiques et le statut de l’opposition sont abrogés. Plus rien. Zéro cadre légal. Zéro opposition reconnue. Un vide dangereux dans notre architecture démocratique. À ce rythme, ce n’est plus une transition. C’est une érosion lente mais certaine de tout ce qui restait de notre vie politique.

Manifestation contre la dissolution des partis politiques à Bamako, le 3 mai 2025 © AFP

De la rationalisation au musellement


Officiellement, il s’agirait de « rationaliser le paysage politique ». C’est ce qu’on nous dit. Mais qui y croit vraiment ? Rationaliser ne veut pas dire rayer tous les partis d’un trait de plume. C’est autre chose qui se joue ici : un réajustement à sens unique, celui du silence et de la peur. Le Conseil National de Transition (CNT) a voté la fin des partis comme on passe une formalité. 130 voix pour, 2 contre. Pas un vrai débat. Pas une remise en question.

Et le terrain ? Il réagit. Le 3 mai, des citoyens sortent manifester pacifiquement. Réprimés. Intimidés. Mais debout. Libres. Dignes

Des enlèvements inquiétants

Puis vient la deuxième lame du rasoir : les disparitions. Des figures politiques arrêtées ou enlevées sans mandat, sans procédure. Le 8 mai, Allassane Abba, 68 ans, est enlevé chez lui à Bamako. Le même jour, El Bachir Thiam, militant du parti Yelema, est arraché à la rue. Silence radio des autorités. Aucune nouvelle officielle. Et surtout, aucune enquête.

Des voix commencent à s’élever. Moussa Mara, Housseini Amion Guindo, des anciens ministres, interpellent. Les familles s’alarment. Les ONG alertent. Mais rien ne bouge. Cheick Oumar Doumbia, alias COD, échappe de peu à une tentative de meurtre. Les faits sont là. Documentés. Multiples. Gravissimes.

La peur s’installe, mais la résistance aussi

Le plus insupportable ? C’est le sentiment d’impunité. Des arrestations ciblées. Des disparitions sans trace. Et dans tout ça, pas une seule annonce d’enquête indépendante. Pas une explication publique. Comme si tout cela était devenu… normal.

Mais le pays n’est pas dupe. Les gens parlent. S’organisent. Dénoncent. Et heureusement. Car c’est justement ce bruit citoyen, ce vacarme des consciences, qui peut encore nous sauver du pire.

Une transition sans fin… vers quoi ?

Ce qui se passe aujourd’hui dépasse largement le cadre d’une « transition ». On parle ici de la mort programmée du pluralisme. D’un glissement vers un régime fermé, monolithique. Un pouvoir sans contre-pouvoirs. Une scène politique réduite au décor. Et les lois qui nous protégeaient ? Jetées aux oubliettes.

Les institutions censées défendre les droits – comme la CNDH – sonnent l’alarme. Human Rights Watch, Amnesty, des ONG locales tirent la sonnette. Mais pendant ce temps, les enlèvements continuent. Les interdictions aussi. Et surtout, l’impunité s’installe.

Que faire ? Ne pas se taire

L’heure est grave. Le risque est réel. Celui de voir le Mali s’installer dans une transition sans fin, déguisée en « refondation », mais fondée sur le musellement et la peur. Il est urgent de réagir.

Pas seulement dans les discours. Mais dans l’action. La vraie. Celle qui demande de la vigilance, du courage, et une pression constante – de l’intérieur comme de l’extérieur.

Car le Mali ne se relèvera pas sur le silence de ses politiques ni sur la peur de ses citoyens. Il se relèvera par la parole libre. Par le refus de l’arbitraire. Et surtout, par la mobilisation de ceux qui croient encore que ce pays mérite mieux que l’ombre.

Parce que comprendre, c’est déjà agir !

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